voici deux articles publiés par deux jeunes femmes,le premier de celine, et le deuxième de davina, toutes deux débutantes au club lissois, dans lequel j'enseigne une fois par semaine. je
vous souhaite une bonne lecture, et une bonne réflection sur ces paroles de femmes.
CELINE
- le 19 janvier 2011 –
Je profite de l’existence de la Lettre pour y glisser un peu de mon expérience
de débutante en Aïkido. J’ai donc découvert cet art martial il y a 4 petits mois pendant lesquels j’ai pris un réel plaisir à pratiquer. Les années de pratique martiale que j’ai connues
auparavant m’ont enrichie d’un point de vue technique mais également sur la connaissance de soi. Connaître ses limites, les dépasser, se confronter aux autres sont source d’enrichissement.
Aujourd’hui, je me tourne vers un art martial dont je pressens qu’il répond à d’autres aspirations. Aussi, je souhaite modestement exposer mes premières impressions en tant que débutante. Je ne
parlerai donc pas des aspects techniques, d’une part, parce que je ne suis pas en mesure de le faire au regard de ma maigre expérience, et d’autre part, parce que je crois que l’on ne peut parler
de cet art martial sans parler d’état d’esprit. Ce qui m’a avant tout touchée, c’est l’accueil bienveillant de chaque aïkidoka. Arriver dans un club où il y a une majorité écrasante d’hommes ne
m’a jamais posé de problème parce qu’il existe une ambiance qui invite à y revenir au-delà des différences de sexe.
Violence et force
physique
Dans l’Aïkido, l’utilisation de la force physique est selon moi la pierre
d’achoppement contre laquelle il faut lutter, même et surtout en étant du « sexe faible » (!!). Lors d’une attaque réelle, plusieurs solutions s’offrent à nous : la soumission
(aspect négatif), la fuite ou encore la contre-attaque. Cette dernière est liée à notre premier instinct : répondre avec la force afin de contrecarrer directement la violence déclenchée.
Réfléchir sur la force physique, c’est aussi réfléchir sur la violence : comment la gérer ? Suffit-il de la dominer pour la faire disparaître ? Comment gérer par la suite le
rapport avec l’attaquant ?
Les règles martiales sont garantes du respect des pratiquants mais, j’ai
souvent constaté dans ma pratique antérieure, des dérives ou des erreurs techniques qui ont parfois gravement atteints des personnes. Les conséquences étaient qu’elles ont soit quitté le dojo
soit accumulé de la rancœur. Une des leçons que j’ai pu en tirer est que la force physique (quelque soit son intensité) n’est pas ce qui va prévaloir dans ma pratique martiale. Sans porter de
jugement de valeur sur les autres martiaux que je respecte dans leur diversité, je suis à ce jour à la recherche d’une meilleure compréhension de ce qui est à l’origine de la
violence.
Le rapport aux
autres
Lorsque je pratique l’Aïkido, je prends conscience que la personne qui attaque
n’a pas d’intention violente ni de volonté de domination. Bien au contraire, elle m’aide à comprendre la technique et agit un peu comme un miroir. Une mauvaise compréhension du mouvement est
alors vite détectée. Grâce à l’autre, on progresse et on accepte ses erreurs. C’est donc ce contact, cette communication avec Uke/Tori qui donne sens à ma pratique. Sans l’autre, je ne peux
exister en tant qu’aïkidoka. Et c’est à cet instant que je crois que l’on résout le paradoxe (ou le conflit dialectique – pardon pour le gros mot !) de la violence. Il n’y a plus
d’opposition attaquant/dominé mais une complémentarité.
Le couple Uke/Tori agit aussi comme un révélateur : je découvre des
personnalités différentes avec des parcours très variés avec qui il faut tenter de polir les aspérités de nos différences. J’apprends ainsi à connaître les autres dans un respect mutuel qui ouvre
la voie vers une tolérance enrichie en cela de chaque individu.
L’accueil
Pour terminer, je vais boucler la boucle en revenant sur l’accueil que j’ai reçu au club de Lisses (et au club de Château-Landon où j’ai fait mon deuxième
stage). L’ambiance détendue et chaleureuse est une vraie bouffée d’oxygène. Sans trop me tromper, je crois que les pratiquants ont plaisir à se retrouver en toute convivialité à pratiquer, à
échanger quelque soit le niveau de chacun dans un bel état d’esprit. Ici, les notions de sexes fort/faible sont effacées au profit des sourires qui eux n’ont pas de genre…
Merci pour votre accueil et votre…
patience.
CELINE
DAVINA
C’est au hasard d’une rencontre à Madagascar que je découvris cet art martial qui m’était complètement inconnu.
Plus qu’un simple art martial, il est devenu essentiel à ma vie.
Essentiel parce qu’il contribue à une façon de penser, une façon de partager. Il n’existe pas d’ « esprit de compétition » en Aïkido !
L’enjeu n’est pas d’acquérir la ceinture noire et le Hakama pour parader et dire qu’on est le meilleur. Ce serait aller à l’encontre de l’esprit de cet art martial japonais.
C’est-ce qui m’a séduit. N’étant pas d’un naturel compétiteur, j’ai préféré abandonné la natation pour intégrer le club lissois d’Aïkido.
Nous parlions de « façon de penser », comme bon nombre de corps sportifs ou professionnels, l’Aïkido et sa pratique transmettent une vision de la vie, de l’autre. Notamment la réciprocité entre
les partenaires : l’Aïkido ne se pratique pas seul !
La relation entre Uke (celui qui subit la technique) et Tori (celui qui exécute la technique) est complémentaire : sans Uke pas de Tori, sans Tori pas de Uke.
Et c’est cette relation, cette vision qui m’ont faites revenir après 4 ans d’absence.
L’Aïkido, art martial porte bien son nom. C’est, d’après moi, avant tout un art avant d’être martial parce qu’aucun mouvement en Aïkido n’est anodin. Ce n’est pas pour rien qu’il existe tel ou
tel placement de jambe selon telle ou telle technique par exemple. L’ensemble des coordinations des mouvements, des techniques donnent des démonstrations magnifiques. On préférerait presque
s’asseoir au bord du tatami et observer les autres.
Ce sont ces petites choses simples mises bout à bout, comme le fait d’apprendre, de s’améliorer, d’évoluer dans un groupe (adorable au demeurant), de partager avec son partenaire, qui permettent
de mieux appréhender la vie, qui font que nous apprenons plus facilement l’Aïkido.
Tout comme se braquer, forcer et être dans l’affrontement perpétuel, et bien tout cela ne mène à rien en Aïkido.
De même qu’en entrant dans un dojo, le « salut » à O'Sensei Morihei Ueshiba signifie que l’on est apte à recevoir, à pratiquer l’Aïkido, venir en touriste est donc contre-indiqué.
Davina